TCHAD : La diffamation sur les réseaux sociaux doit être pénalement punie.
Au Tchad aujourd’hui, la diffamation est devenue pour certains une simple distraction politique, un jeu dangereux pratiqué sans retenue sur les réseaux sociaux et dans l’espace public. Des accusations graves sont lancées à la légère, sans preuve, sans enquête, sans le moindre respect pour les vies, les carrières et la réputation des personnes visées.
Dans un climat politique déjà tendu, où la méfiance domine et où chaque voix critique est rapidement cataloguée comme ennemie, beaucoup utilisent désormais les réseaux sociaux comme des tribunaux populaires. On condamne avant même de vérifier les faits. On détruit des réputations au nom du militantisme, de la lutte politique ou de prétendues révélations d’intérêt public.
Le problème est aggravé par la faiblesse et la lenteur du système judiciaire. Aller en justice au Tchad demande du temps, de l’argent et une patience infinie. Beaucoup renoncent donc à défendre leur honneur devant les tribunaux, laissant ainsi prospérer une culture de l’impunité où chacun se croit autorisé à salir autrui sans conséquence.
Le plus inquiétant est que certains présentent désormais l’insulte, les accusations mensongères et le harcèlement comme des actes de courage politique. Toute demande de retenue, de respect des faits ou de civilité est immédiatement interprétée comme une tentative de museler la liberté d’expression. Pourtant, la liberté d’expression ne donne pas le droit de mentir ni de détruire gratuitement la réputation d’un autre citoyen.
On voit aujourd’hui des activistes improvisés, des influenceurs et même certains journalistes reprendre des rumeurs sans vérification, simplement parce qu’elles servent leurs intérêts politiques ou émotionnels. Les faits importent de moins en moins ; seule compte la capacité à manipuler l’opinion et à exciter les passions populaires.
Mais lorsque ceux qui encouragent cette culture deviennent eux-mêmes victimes de fausses accusations, ils découvrent soudain la gravité du problème. Ils réalisent alors que la réputation est un capital précieux, parfois plus important que l’argent ou le pouvoir.
Au Tchad, nous sommes arrivés à un point où chacun doit comprendre que la réputation d’un homme ou d’une femme ne doit pas être sacrifiée sur l’autel des règlements de comptes politiques, des rivalités ethniques ou des combats personnels déguisés en engagement citoyen.
Une société où tout le monde accuse sans preuve finit par perdre le sens de la vérité, de la justice et même de la dignité humaine. La critique est nécessaire dans une démocratie, mais elle doit rester fondée sur les faits, la responsabilité et le respect des droits d’autrui.
La réputation peut être un trésor ou un fardeau. Lorsqu’elle est propre, il faut la protéger avec fermeté, car dans un pays où les mensonges circulent plus vite que la vérité, défendre son honneur devient parfois une question de survie.
Alwatan Médias avec Le tchadanthropus-tribune .